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Reportage: LE TOURISME DURABLE : UNE STRATÉGIE NATIONALE ET UNE RÉALITÉ LOCALE

Un article réalisé par les élèves du lycée Ibn Tahir (Errachidia, Maroc)  sur le tourisme durable

 

LE MINISTERE DU TOURISME : LE GARANT D’UN SECTEUR EN DEVELOPPEMENT 

Pour mener à bien notre reportage, nous avons entamé notre enquête par une rencontre avec M. Majid LAABAB, le délé- gué du tourisme de la province d’Errachidia. Avec un accueil chaleureux, il nous a fourni une plate forme enrichissante pour notre quête.

En premier lieu, il nous a expliqués la relation entre la notion de la durabilité et le secteur touristique. Selon lui, « le tourisme durable est celui qui se montre capable de servir une clientèle sans compromettre les milieux naturel, culturel et humain. Autrement dit, c’est celui qui tient compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs. » « Dans ce sens, a-t-il précisé, toute activité touristique vise à sensibiliser les touristes et les locaux à respecter le milieu écologique environnant. Au niveau économique, les revenus engendrés par l’entreprise touristique sont répartis de façon à ce que la population locale soit aussi bénéficiaire. Quant au niveau social, le tourisme est amené à préserver et à valoriser les traditions et les coutumes locales. » En second lieu, il nous a mentionné l’ensemble des lois et des stratégies qui dirigent ce secteur. En 2010, le Maroc a adopté une stratégie touristique intitulée « Le plan 2020 » qui se base sur la préservation des ressources naturelles, le maintien de l'authenticité socioculturelle des régions.

et le développement des populations locales tout en insistant sur l’approche qualitative. En plus, la mise en œuvre de la charte nationale du tourisme durable et de la loi 14-80 ont permis d’établir une organisation optimale de ce secteur. En dernier lieu, il nous a recommandé d’aller voir sur terrain le gite El Khorbat à Tinjdad. Un projet touristique et patrimonial fondé en 2002 par un émigré marocain et deux associés espagnols. Selon M. Laabab, le site El Khorbat est un modèle palpable d’un tourisme durable, responsable et solidaire. Il a obtenu le trophée Maroc du tourisme responsable en 2010 et récemment, il vient d’avoir le label international « La Clé verte » octroyé par la fondation Mohamed VI pour la protection de l’environnement.

KSAR EL KHORBAT, DES RUINES RESSUSCITEES, UNE HISTOIRE REVALORISEE

Le gite recommandé se situe à 90km d’Errachidia. Notre directeur Mouloud Laghrissi, et notre professeur encadrant Benali Mohammed remerciés ont sacrifié leur temps et leurs véhicules afin de nous assurer l’accompagnement et le transport. Une fois arrivés, nos découvertes ont largement dépassé nos attentes. Ksar El Khorbat est une kasbah berbère aux environs de Tinejdad construite au 19ème siècle, désertée par ses habitants vers la fin du 20ème siècle et condamnée à subir la détérioration en silence comme tant de ksars avoisinants. M. Hmad Ben Amar, un enfant du ksar et un émigré en Espagne, n’a pas perdu l’espoir qu’un jour son lieu natal sera ressuscité. La moitié déjà en ruine, ne faut-il pas sauver le reste ? Il nous a confié qu’au début, en 2002, on le croyait fou : quitter l’Espagne et venir restaurer un lieu en dégradation est une sottise injustifiable. Pourtant, il a pu convaincre des investisseurs espagnols à financer ses rêves et à réhabiliter certaines maisons du ksar tout en conservant les caractéristiques de l’architecture berbère traditionnelle. Cela était grâce { l’aide des étudiants du collège des architectes techniques de Barcelone qui ont mis la main à la pâte bénévolement. Le projet consistait au départ à aménager un musée patrimonial. Mais au fur et à mesure, il grandissait en mettant en place un restaurant, une maison d’hôte et bien d’autres services qui lui ont assuré une rentabilité économique honorable. Néanmoins, la dimension économique ne pourrait pas, à elle seule, accorder la place de référence à un tel projet touristique. S’il a récolté des trophées et des labels au niveau national, c’est grâce { cette transversalité qui le relie au milieu socio-écologique local.

LES ASPECTS D’UN ARCHE PATRIMONIAL ET D’UN ELDORADO SOCIAL

Avec une spontanéité sincère, M. Hmad nous a fait visiter son Musée d’El Khorbat, appelé aussi le musée des Oasis. Sur un ensemble de trois maisons restaurées dans le ksar d’une superficie totale de 600 m², le Musée comprend 22 salles. Chacune traite un aspect spécifique de la vie traditionnelle dans les oasis au sud du Haut Atlas. Il expose plus de 800 objets d’antiquité, d’usage traditionnel, de photos explicatives et historiques. Il préserve le patrimoine local, présente les métiers et les traditions d’autrefois et insiste sur l’esprit solidaire qui existait parmi les ancêtres quelles que soient leurs races, leurs langues ou leurs religions. Lors de la restauration d’une bonne partie du ksar, les matériaux utilisés étaient purement traditionnels et la maind’œuvre employée était globalement locale. Cependant, la création de l’Association fé- minine El Khorbat avait un impact fort positif sur l’ensemble du projet. En se basant sur l’esprit gagnant-gagnant, les femmes du ksar ont assuré un emploi et un revenu et rendent des services au gite. Le musée leur offre un atelier d’artisanat où elles peuvent confectionner des habits traditionnels et les vendre directement aux touristes sans l’intermédiaire du gite.

Via l’association, l’établissement touristique a mis en place une crèche au profit de 90 enfants du ksar avec qui nous avons passé des moments agréables. Il a équipé aussi une petite boulangerie locale pour fournir le pain traditionnel aux habitants du ksar et aux clients du restaurant. Les plats culinaires présentés à la clientèle du gite sont préparés par les femmes du village tout en se basant sur les vieilles recettes du terroir. Ce qui nous a impressionnés encore plus était cette salle de réunion du gite. Elle a une porte qui s’ouvre sur le ksar et les habitants ont tout le droit de l’utiliser pour célébrer leurs fêtes et leurs cérémonies. Même les murs du site sont décorés par des tableaux d’un artiste locale. Tellement impressionnés par tout ce qu’on a vu et constaté, deux élèves de notre équipe et { l’abri de la vigilance de M. Hmad, sont partis rejoindre les femmes qui travaillent dans l’atelier afin de leur demander leur opinion sur ce projet. Leurs témoignages étaient unanimes : « Grâce à Allah et aux efforts de M. Hmad, nous commençons à se sentir autonomes. Le gite fait partie de notre quotidien. C’est notre cheznous. » En fait et depuis le démarrage de ce projet ambitieux, 37 familles ont pu reloger le ksar d’El Khorbat. Il a contribué { la ré- duction de la pauvreté et il a créé des emplois et des revenus à la population locale. En addition à tout cela, M. Hmad nous a confié un petit secret. C’est qu’en plus des caravanes médicales ramenées et hébergées sur les frais du gite au profit de la population locale, il lui arrive souvent de demander à un touriste, médecin de profession, d’accorder deux ou trois visites médicales gratuites aux habitants du ksar. La demande réjouit le client et fait plaisir aux patients.

Nonobstant, on se demande si M. Hmad Ben Amar a fourni les mêmes efforts au niveau écologique.

LE GITE D’EL KHORBAT, UN PROJET ECOLOGIQUE PAR EXCELLENCE

Si la population locale connait une parfaite et harmonieuse intégration au sein du projet, le milieu naturel environnant a aussi sa part d’idées ingénieuses. Au niveau des énergies renouvelables, on a misé sur le solaire pour le pompage, le chauffage et même l’éclairage. Le but était de satisfaire les besoins du gite ainsi que l’éclairage des ruelles du village. L’assainissement du ksar était une partie intégrante du plan global du réaménagement du site. D’ailleurs, c’est ce qui a encouragé plusieurs familles à repeupler le ksar de nouveau. A côté de la terrasse du restaurant, il y avait des terrains agricoles abandonnés par leurs propriétaires, un lieu délabré où foisonne la poubelle. Cela nuisait à la vue du restaurant. C’est pour cela M. Hmad a pris l’initiative de nettoyer le terrain et d’y cultiver les plantes odorantes et aromatiques du terroir, économiques au niveau de la consommation d’eau. C’était la tâche de quelques filles instruites du village. Au niveau du recyclage des déchets liquides et solides, le gite fournit des efforts louables. Une partie des eaux issues du nettoyage du gite a une canalisation virtuose qui permet d’irriguer la clôture de roseaux du site. D’un autre côté, les touristes sont priés à trier leur poubelle, à économiser l’eau des toilettes et { ne changer les serviettes qu’{ la demande. Pendant notre présence au gite, nous avons eu la chance de rencontrer une famille française qui nous a accordé un témoignage émouvant. Il y a 14 ans, le couple avait visité Ksar El Khorbat. Ils n’y voyaient que des ruines parsemées de sacs en plastique. Aujourd’hui, ils ont refait le même circuit avec leurs enfants et ils ont remarqué le changement positif. N’y a-t-il que Le Gite El Khorbat comme modèle du tourisme durable dans toute la province ?

A ERRACHIDIA, LE TOURISME DURABLE MARQUE UNE FORTE PRESENCE

Certes, le gite et le musée d’El Khorbat représente un exemple phare du tourisme durable dans la région. Toutefois, il n’est pas l’unique. Il existe bien d’autres sites touristiques qui ont pu s’enraciner dans le tissu social local. Selon M. Souhir Abdellah le président du R.A.D.O.S.E. (le Réseau des Associations du Développement des Oasis du SudEst) qui nous a accompagné durant notre sortie, il y a également le gite Dar Zouala à Aoufous ({ 30 km d’Errachidia). Un site qui a reçu lui aussi le prix de la clé verte. Un projet qui a misé sur le tourisme solidaire tout en travaillant avec les coopératives locales. Dans la même région filalie, le R.A.D.O.S.E. effectue des formations au profit des jeunes entrepreneurs du domaine sur le thème du tourisme rural solidaire. Ainsi, on remarque bien qu’il y a une volonté sincère, une réalité palpable et un avenir prometteur. Toutefois, les responsables du secteur doivent épauler ces initiatives jusqu’au bout afin d’accorder à ce genre de produit touristique l’image qu’il mérite.




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